Le Livret A fait le plein avant une possible baisse du taux

Le Livret A fait le plein avant une possible baisse du taux

 

Depuis le début de l’année, les Français ont déposé plus de 16 milliards d’euros sur leur Livret A et Livret de développement durable et solidaire, soit une augmentation de 37 % sur un an. Selon la formule de calcul, son taux de rémunération, à 0,75 %, pourrait être revu à la baisse en février 2020.

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Les Français se sont remis à garnir leur Livret A en juillet. Le mois dernier, ce produit d’épargne a collecté (en net) 1,44 milliard d’euros, contre  510 millions d’euros au mois de juin , selon les statistiques publiées mercredi par la Caisse des Dépôts. L’autre livret liquide et défiscalisé, le Livret de développement durable et solidaire (LDSS), a connu la même dynamique. Les épargnants y ont placé 460 millions d’euros en juillet, soit presque quatre fois plus qu’en juin.

« Le solde des réductions d’impôt a été versé courant juillet, parfois pour des montants unitaires importants, ce qui a donc pu occasionner un surcroît d’épargne non négligeable. Sans compter que le pouvoir d’achat s’est amélioré au premier semestre », souligne Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Epargne.

 

Recherche de la liquidité et de la sécurité

Sur les sept premiers mois de l’année, la collecte nette cumulée du Livret A et du LDDS s’est élevée à 16,26 milliards d’euros. Soit plus de 4 milliards d’euros ou 37 % de plus que sur la même période de 2018 (11,88 milliards).

« Ne sachant pas trop où placer leur argent en ce moment, vu les risques sur la Bourse, les Français recherchent avant tout en ce moment la sécurité et la liquidité. C’est ce qui explique qu’ils aillent autant sur les comptes à vue et le Livret A », décrypte Cyril Blesson, des Cahiers de l’Epargne-PAIR Conseil.

Rendement réel négatif

Alors que le Livret A et le LDDS sont actuellement rémunérés à 0,75 %, les épargnants sont ainsi prêts à ne pas faire fructifier leur argent. Vu le niveau de l’inflation (1,1 % sur un an en juillet, selon l’Insee), le rendement réel de ces livrets est négatif depuis plusieurs mois. « Cela reste malgré tout relativement attractif dans le contexte actuel : c’est 0,75 % net de fiscalité et l’inflation a baissé », nuance Cyril Blesson.

Selon lui, la collecte nette du Livret A devrait se poursuivre « à un rythme élevé jusqu’en janvier prochain, même si elle devrait ralentir un peu ». Comme le rappelle Philippe Crevel, la seconde moitié de l’année est marquée par des dépenses importantes, pour la rentrée ou les fêtes de fin d’année.

« La question d’une baisse du taux va forcément se poser »

Les regards sont déjà tournés vers l’année prochaine, alors que le taux du livret A est gelé jusqu’au 31 janvier 2020. « La question d’une baisse va forcément se poser ensuite », estime Cyril Blesson. En vertu de la nouvelle formule de calcul, qui sera applicable le 1er février 2020, le taux sera désormais fixé à partir de la moyenne semestrielle du taux d’inflation et des taux interbancaires à court terme (Eonia), avec un arrondi au dixième de point le plus proche et sans pouvoir descendre sous 0,50 %. Or, « avec un Eonia aujourd’hui à -0,36 % et une inflation qui diminue, on se dirige vers un taux de 0,50 % », anticipe l’économiste.

Reste qu’il est toujours compliqué politiquement de s’attaquer à la rémunération du Livret A, encore et toujours un indicateur de référence pour les épargnants. « Mais les autorités pourraient communiquer sur le fait que les encours du livret A sont majoritairement détenus par des hauts revenus et qu’il existe un produit sur-rémunéré pour les ménages plus modestes, le livret d’épargne populaire [rémunéré 1,25 %, NDLR] », avance l’économiste.

Si le taux du Livret A devait être abaissé en février prochain, PAIR Conseil s’attend à une collecte nette « divisée par deux » en 2020.

Laurent Thévenin
Les Echos